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Quatre dimensions à passer au peigne fin avant de poser une offre : financière, humaine, marché, juridique. Voici la grille qu'utilisent les membres JD Angels quand ils analysent un dossier en session trimestrielle.
Publié le · Par Julien Dereumaux, membre fondateur
Une PME n'est pas qu'un compte de résultat. Beaucoup de reprises qui échouent ont passé l'audit financier avec succès, c'est ailleurs que ça a craqué. Un client clé qui part avec le cédant. Un bras droit qui démissionne dans les 6 mois. Un contrat fournisseur avec clause de changement de contrôle qui n'avait pas été lue. Un contentieux fiscal en gestation qui se réveille deux ans après le closing.
Notre grille de lecture chez JD Angels examine quatre dimensions, dans cet ordre : la dimension financière (parce qu'elle cadre le possible), la dimension humaine (parce qu'elle détermine si l'entreprise tient sans son fondateur), la dimension marché (parce qu'elle dit si l'entreprise a un avenir), et la dimension juridique (parce qu'elle révèle les mines enterrées).
L'analyse part des trois dernières liasses fiscales et des comptes intermédiaires les plus récents. Cinq ratios livrent 80 % de l'information utile.
Ratios financiers clés à vérifier
> 10 %
EBE / CA, rentabilité d'exploitation saine
> 0 %
croissance moyenne sur 3 ans (idéalement >5 %)
< 60 j
besoin en fonds de roulement (BFR / CA)
< 3×
dette nette / EBE, capacité de remboursement
< 25 %
poids du 1er client dans le CA
> 30 %
fonds propres / total bilan
La question fondatrice : l'entreprise tient-elle si le dirigeant actuel disparaît demain ? Sur les PME de 5 à 50 personnes, la réponse est rarement oui. Le sujet n'est pas de savoir si elle tient à 100 %, mais d'évaluer le pourcentage de risque transféré au repreneur.
Une PME où le dirigeant connaît tous les clients par leur prénom est une PME qui ne se vend pas, elle se transmet, et la transmission doit s'organiser sur au moins six mois. Convictions partagées du collectif JD Angels
Un audit financier dit ce qui s'est passé. L'analyse de marché dit ce qui peut se passer. Les deux sont complémentaires et indispensables.
Un exercice utile : prendre les 5 plus gros clients de la cible et appeler personnellement (avant signature, avec l'accord du cédant) pour comprendre leur perception, leur intention de renouvellement, leurs irritants. Beaucoup de cédants refusent, c'est en soi une information.
C'est la dimension qu'on délègue à l'avocat, mais qu'un repreneur doit comprendre. Six familles de risques juridiques à scanner.
| Famille de risque | Ce qu'on cherche | Source |
|---|---|---|
| Contentieux | Procédures en cours (prud'hommes, commercial, fiscal) | Avocat, expert-comptable, registre du commerce |
| Fiscalité | Contrôles passés, sujets en gestation, optimisations risquées | Expert-comptable + revue indépendante |
| Contrats clients/fournisseurs | Clauses de changement de contrôle, exclusivités | Lecture intégrale des 5-10 contrats clés |
| Propriété intellectuelle | Marques, brevets, savoir-faire formalisés ? | INPI + audit interne |
| RGPD et conformité | Politique RGPD, registre traitements, sous-traitants | DPO ou avocat spécialisé |
| Environnement | ICPE, pollution sites, obligations sectorielles | Avocat environnement si secteur sensible |
Après les 4 dimensions, le repreneur doit pouvoir répondre à 3 questions simples avant de poser une offre :
Trois oui clairs : on peut poser une offre. Un oui flou ou un non franc : on retravaille le dossier ou on passe. Cette grille protège autant le repreneur que la cible, une opération mal cadrée fait du mal à tout le monde.
Cinq ratios font 80 % du diagnostic. La rentabilité d'exploitation (EBE/CA, viser >10 %), la croissance moyenne sur 3 ans (>0 %), le besoin en fonds de roulement en jours de CA (<60 j idéalement), le ratio d'endettement (dette/EBE < 3), et la concentration clients (premier client < 25 % du CA). Si l'un de ces ratios est dégradé, ce n'est pas rédhibitoire mais ça doit avoir une explication.
Une PME où le dirigeant cumule relation client clé, signature commerciale, négociation fournisseurs et expertise technique unique présente un risque majeur post-reprise. Si l'analyse révèle que 30 à 50 % du CA dépend personnellement du cédant, la valorisation doit être revue à la baisse et l'accompagnement post-reprise renforcé (passation de 6 à 12 mois minimum).
Trois angles : concentration (poids du top 5 clients dans le CA), ancienneté (durée moyenne des relations), récurrence (CA récurrent vs ponctuel). Une PME avec 50 clients dont aucun ne dépasse 10 % du CA et tous présents depuis plus de 3 ans est dramatiquement plus reprenable qu'une PME à 5 clients dont l'un fait 40 % du CA depuis 18 mois.
Les plus fréquents : contentieux clients ou fournisseurs en cours, contrôles fiscaux non clôturés, contrats commerciaux non sécurisés (clauses de changement de contrôle), propriété intellectuelle non sécurisée (marques, brevets, savoir-faire), problèmes de conformité RGPD ou environnementaux. La vendor due diligence puis la due diligence acquéreur les détectent.
Six critères cumulatifs : entreprise établie depuis plus de 3 ans, au moins 5 collaborateurs, modèle économique éprouvé, culture humaine forte, valorisation à partir de 1 M€, saine et transmissible. Tous secteurs hors finance pure et activités illicites. Un dossier qui ne remplit pas un critère peut être présenté avec justification.
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